La maison de mode Schiaparelli était très connue dans le mode de la mode pour sa créativité, son image révolutionnaire et anti conformiste. Puis elle s’est éclipsée.
Le grand public découvre ou redécouvre la maison Schiaparelli suite à l’intervention de Lady Gaga lors de la cérémonie d’investiture du nouveau President américain, Joe Biden. Mais quelle est l’histoire de cette marque?
Pourquoi une star provocatrice et anticonformiste comme Lady Gaga a choisi une robe Schiaparelli?
Depuis toujours la créatrice Elsa Schiaparelli a été aimée et appréciée aux Etats Unis: en 1934 le magazine américain Time lui consacre sa couverture. Elle sera la première femme créatrice de mode à avoir cet honneur. Toujours en Amérique, en 1940, elle recevra le prix Neiman Marcus : et à nouveau elle sera la première créatrice européenne à remporter ce prix.
Derrière cette marque découvrons l’incroyable personnalité de l’italienne Elsa Schiaparelli, créatrice originale et éclectique: voici son histoire en image, avant de voir ensemble sa biographie:
Biographie
Elsa nait à Rome en 1890 d’une famille d’intellectuels et d’aristocrates (sa mère était une descendante de la famille de Médicis). Elle côtoie depuis toute petite le monde de la culture et étudie elle-même la philosophie. Elle est une femme déjà très originale et anti conventionnelle, qui rêve de devenir comédienne et qui écrit des poèmes érotiques.
C’est son arrivée à Londres en 1913 qui marque son émancipation et son ouverture au monde et surtout le mariage avec le Comte Wilhelm Wendt de Kerlor en 1914.
En 1916 le couple part à vivre à New York et lors du voyage sur le paquebot Elsa rencontre les artistes d’avant-garde de l’époque, qui adhéraient au Dadaisme. C’est Gabrielle Picabia (épouse du fameux peintre), avec qui Schiaparelli se lie d’amitié, qui lui présente Man Ray, Marcel Duchamp, Edward Steichen. Cette rencontre aura une influence très importante sur la future styliste.
A New York le couple vit une vie bohémienne et très dispendieuse. Leur fille Yvonne, née en 1920, tombe malade; le mari d’Elsa la trompe avec la danseuse Isadora Duncan: Elsa demande le divorce et quitte New York pour Paris avec sa fille.
Paris, les artistes, Poiret
A Paris Elsa travaille comme antiquaire et fréquente les dadaistes. Elle reprend contact avec Gabrielle Picabia: c’est grâce à elle qu’elle fait la connaissance, tout à fait par hasard, avec le grand couturier Paul Poiret. En effet, en accompagnant Gabrielle à l’atelier du couturier, Elsa découvre un nouveau monde, la mode, qui la séduit complètement.
Elle essaye par jeux des tenues, même si elle sait pertinemment qu’elle n’a plus les moyens de pouvoir en acheter. Poiret, styliste précurseur et visionnaire, apprécie l’originalité d’Elsa et lui propose de lui prêter des modèles pour lui faire de la publicité.
L’univers de la mode
La rencontre fortuite avec Poiret lui fait naître le goût pour l’univers magique de la mode. Elsa Schiaparelli ne sait pas coudre, mais la création de matières, couleurs, broderies, qu’elle a vu chez Poiret lui donne l’envie de se lancer comme styliste free-lance.
Sa première création, qui deviendra son premier succès aussi aux Etats Unis, c’est le pull tricoté bicolore noir et blanc en jacquard trompe l’oeil.
Naissance de la marque « Schiaparelli – Pour le Sport »
Créatrice très innovante, elle lance beaucoup de nouveaux produits, surtout dans le domaine du sport. De ce fait elle décide de lancer la marque « Schiaparelli pour le sport »: elle propose des tenues de ski, pyjamas de plage, costumes de bain, ensembles sportswear en tweed. Les collections de maille sont enrichies avec des coloris vifs.
Son originalité c’est l’association de la Haute Couture et le sportswear.
Schiaparelli entre innovation et business
Une garde robe confortable, aimée par les sportifs, faite de matières, coupes et finitions innovantes. Les tissus en laine et soie sont rendus imperméables avec une couche de caoutchouc. Les zips deviennent une décoration apparente et aux coloris contrastés.
Les nouvelles coupes sont : jupes culottes, robes portefeuille, robes réversibles. Les collections sont en nombre de quatre par an et la gamme s’agrandit avec des tenues pour la ville et pour le soir. Le nom sera « Schiaparelli – pour le Sport, pour la Ville, pour le Soir ». Pour developper le renommé de sa marque elle signe des licences en Amérique et elle lance aussi un parfum.
Schiaparelli et l’art: Giacometti et Oppenheim
Depuis toujours très sensible au monde de l’art et aux artistes, Elsa collabore avec les plus grands artistes de l’époque: en effet selon Schiaparelli la mode est aussi une forme d’art. Ses premières collaborations sont avec Elsa Triolet (le collier aspirine), Jean Dunand, (la robe plissée trompe l’oeil), Alberto Giacometti (bijoux et déco), Meret Oppenheim (bracelet métal et fourrure).
Du Dadaisme au Surréalisme
Selon Schiaparelli la mode est une forme d’art et, comme telle, elle doit aussi évoluer au même titre que la sculpture et la peinture. C’est ainsi que, toujours attentive aux nouvelles courants artistiques, sa marque devient l’expression de la mode surréaliste avec des créations comme: les bottines avec fourrure de singe, les bottines avec orteils surpiquées, les gants à ongles laquées, la ceinture fermeture mains croisées, le collier en Rhodoïd avec insectes, le flacon à forme de pipe (d’inspiration Magritte) pour le parfum homme.
11937 est la période « shocking »: Elsa donnera ce nom à un parfum et à une nouvelle couleur de sa palette, le « rose shocking »: un couleur intense, extrait d’un pigmente pure pas dilué. Ce couleur sera sa signature.
La mode surréaliste
C’est avec les artistes surréalistes (Dalí, Cocteau, Magritte, etc) que Schiaparelli signe les collaborations qui ont marqué l’image de sa marque et sa renommée à jamais. La rencontre avec Dalí et sa femme Gala donne naissance à des pièces légendaires. Elle arrive à transcrire en habits l’art de Dalí. Le surréalisme était une forme d’art absurde, naît dans un période historique entre les deux guerres mondiales: son bût était de véhiculer l’horreur, mais aussi de s’en échapper à travers le rêve et la fantaisie.
Schiaparelli et Dalí
Parmi les pièces le plus légendaires, on se souvient du tailleur à poches-tiroirs, du chapeau-chaussure, la robe imprimée homard, la robe-squelette, la robe imprimée lambeaux de chair, le flacon de parfum Le Roy soleil, etc.
Schiaparelli et le branding
Avant-gardiste, visionnaire, excentrique, passionnée par l’art, mais aussi véritable femme d’affaires, elle sera la première à développer l’idée de ce qu’aujourd’hui on appelle le « branding ». Elle multiplie les collaborations, les licences et plusieurs lignes de parfums pour homme et femme. Ses garde-robes sont en ligne avec l’émancipation de la femme (ligne sportive, jupe culotte, ligne de voyage compacte, le premier maillot de bain avec un soutien-gorge intégré, vêtement « métamorphose » etc). Elle sera aussi la première à faire des collections à thème (collection Cirque, Païenne, Astrologique, etc) et des défilés somptueux.
Excellences du secteur
Fondamental c’est aussi le choix de ses collaborateurs, vrais talents dans leurs domaines: bijoutiers, décorateurs (Jean-Michel Frank), brodeurs (Lesage: photos ci-dessous), chausseurs (Roger Vivier), parfumeurs, publicitaires, stylistes émergents (Pierre Cardin, Givenchy).
Clients et renommée internationale
La mode Schiaparelli est surement audacieuse, mais aussi très confortable. La personnalité d’Elsa et sa marque sont très appréciées par des clients qui n’ont pas peur d’oser, avec beaucoup d’assurance : sportives, chanteuses, danseuses, actrices, artistes, aristocrates, etc. Parmi elles: Lili de Alvarez, Katharine Hepburn, Wallis Simpson, future duchesse de Windsor, Marlene Dietrich, Katharine Hepburn, Lauren Bacall, Gene Tierney, Gala Dali, Vivien Leigh ou encore Juliette Gréco, Ginger Roger, Mae West, Joan Crawford, etc.
L’autobiographie de Elsa
A la fin de la Seconde Guerre mondiale, la mode n’est plus la même: on n’a plus envie de provocation, mais de féminité et glamour, une nouvelle mode portée par de créateurs tels que Christian Dior et Coco Chanel. En 1954 Elsa Schiaparelli arrête son activité, quitte le monde de la Haute Couture et rédige son autobiographie « Shocking Life ».
«La création vestimentaire n’est pas pour moi un métier mais un art. J’ai trouvé que c’était un art très difficile et insatisfaisant, car dès que la robe est née, elle est déjà devenue une chose du passé », écrit-elle.
Elle meurt en 1973.
Influence de Schiaparelli dans la mode contemporaine
Schiaparelli reste à toujours parmi les designers le plus avant-gardistes du XXème siècle. Ses collections ont inspiré et inspirent encore la mode aujourd’hui: Yves Saint-Laurent, Margiela, Alexander McQueen, Jean Paul Gauthier (photo ci-dessous), Galliano, Jeremy Scott, etc.
Incroyablement connue et appréciée à l’époque (voir plus que Coco Chanel!); si influente sur la mode moderne et pourtant méconnue par le grand public. Pourquoi? « Le travail de Schiaparelli est aujourd’hui largement inconnu en dehors des communautés de l’art et de la mode. En partie, c’est parce qu’elle a arrêté de concevoir il y a plus de 60 ans, à la suite du schisme culturel initié par la Seconde Guerre mondiale. Après que le nom de Schiaparelli soit tombé des gros titres, des designers comme Chanel et Dior , dont les étiquettes traditionnelles sont toujours en production, l’ont supplantée dans notre mémoire collective ». (https://www.collectorsweekly.com/articles/a-shock-of-schiaparelli/)
La relance de Schiaparelli
L’établissement de couture, qu’Elsa avait ouvert en 1935 se trouvait au 21, place Vendôme: décoré par Alberto Giacometti et Jean-Michel Frank, il était composé de 98 pièces sur 5 étages. La boutique le «Schiap Shop» était au rez-de-chaussée.
Fermée définitivement en 1954, en 2012 la maison Schiaparelli se réapproprie de l’Hôtel de Fontpertuis, 21 place Vendôme, où Elsa l’avait laissée. Enfin l’aventure Schiaparelli reprend vie en 2006, grâce à la volonté de Diego Della Valle, PDG de la société italienne de maroquinerie Tod’s. Il nomme le designer Marco Zanini et l’ambassadrice Farida Khelfa. C’est ainsi qu’il relance la marque petit à petit.
Schiaparelli aujourd’hui
La marque Schiaparelli défile le 20 janvier 2014, 60 ans après la fermeture par sa fondatrice. Après Marco Zannini, deux autres directeurs artistiques se suivent: Bertrand Guyon en 2015 et Daniel Roseberry en 2019. C’est à ce dernier que Diego della Valle confie la marque Schiaparelli et demande de lui redonner une nouvelle vie « dans le respect de cet héritage unique qui a fait de Schiaparelli une marque révolutionnaire ».
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Pour aller plus loin:
- https://www.schiaparelli.com/fr/
- https://www.collectorsweekly.com/articles/a-shock-of-schiaparelli/
- https://meikmag.com/fr/elsa-schiaparelli-lextravagance-raffinee/
- https://lonewolfmag.com/elsa-schiaparelli-surrealist-fashion-designer/
- https://www.vogue.com/article/dali-schiaparlli-in-daring-fashion-exhibit-dali-museum
- https://www.vogue.fr/mode/inspirations/diaporama/elsa-schiaparelli-creatrice-fondatrice-portrait-monde-etrange-et-merveilleux-defile-haute-couture-paris/51732
- https://www.artsy.net/article/artsy-editorial-fashion-designer-made-dalis-art-wearable